vendredi

Dans ma famille

Dans ma famille, il y a des juifs, des catholiques, quelques protestants, des témoins de Jéhovah repentis, des agnostiques, plusieurs athées.

Certains sont de gauche, d'autres de droite, jamais dans l'extrême mais jamais sans idées ; il y a ceux qui ne vont jamais voter ou si peu, et puis ceux qui ont la république dans le sang.

Il y a des pères à l'âge d'être grands-pères, des jeunes avec des plus vieux (et inversement!), des filles qui aiment les garçons, des filles qui aimaient les garçons et qui maintenant aiment les filles, et ceux qui s'aiment depuis leurs seize ans.

Il y a les divorcés (plusieurs fois même), les mariés, ceux qui sont ensemble, ceux qui vivent ensemble, les veufs et les célibataires avec des chats.

Il y a ceux qui ne sont plus là qu'en photo, à qui l'on pense un peu de temps en temps et dont on ne parle que pour se souvenir des belles choses;
il y a ceux qui sont toujours là et qui n'ont plus tout à fait leur tête, mais qui existent encore un tout petit peu...

Il y a ceux qui sont loin, et même parfois dans un autre pays, et que l'on ne voit qu'une ou deux fois par an;
il y a ceux qui habitent à dix kilomètres et que l'on n'a le droit de voir qu'un week-end sur deux;
il y a ceux que l'on ne voit jamais, ou plus du tout, parce que tu comprends, la vie...

Dans ma famille, il y a des Français, des Allemands et des Polonais qui ont été Russes à une certaine époque; des Suisses nés en Algérie, quelques Italiens, deux-trois Basques, et certains qui sont un peu tout çà à la fois.
Ils parlent français ( et beaucoup!), yiddish, basque et gascon (pour ne pas oublier tout à fait), italien les soirs de foot (les insultes y sont tout de même autrement plus riches);
certains ne parlent pas encore vraiment et babillent toute la journée;
il y a ceux qui se sont souvent tu pour ne pas avoir trop mal;
et il y a Elle qui ne parle plus parce que sa tête est vraiment trop embrouillée.

Nous sommes tout cela, et autre chose encore.
Nous sommes une famille... typique ?

 

jeudi

Chez Nanette

...
Et puis il y a ces dimanches qui n'en finissent plus, gris et tristes comme un onze novembre.
Ils semblent ne jamais se terminer ces dimanches là, et portent dès le matin toute la mélancolie de la fin de semaine.
Ces dimanches là, la Petite les sent arriver, comme un petit animal, et elle s'en réjouit infiniment...
Parce qu'elle sait qu'elle va être tranquille. La Mère va dormir au moins jusqu'à midi si ce n'est plus, et comme la Petite a appris à ne plus la réveiller (la leçon a été rude), elle sait qu'elle a toute la matinée pour elle. Elle n'a pas à se surveiller, elle peut baisser la garde sans danger pour quelques heures. Alors elle va rêver la Petite, et dessiner encore et encore cette maison au bord de l'océan qui sera un jour, à n'en pas douter, son refuge. Elle en refait les plans inlassablement, changeant la disposition des pièces, y indique la dispositions des meubles, dessine le jardin tout autour, y fait gambader ses animaux et sent presque les embruns sur son visage. Elle part sans crainte, d'ailleurs rapidement, elle n'est déjà plus dans cette petite chambre jaune qui sent un peu l'urine de chien...
Et puis les bruits dans la chambre d'à côté vont la faire revenir et vite remettre son masque... vérifier que le grand chien n'a pas fait ses besoins par terre, mettre l'eau à bouillir pour le café et les œufs coques, dresser la table comme il le faut pour le brunch, faire griller le pain, mettre de la musique douce, rester gaie et enjouée...
Mais ce n'est pas grave, parce que ces jours là, lorsque la lumière peine à rentrer dans la grande pièce, la Petite sait que la Mère rentre dans une sorte d'hibernation et que, comme les ours, si elle ne la dérange pas, il n'y aura pas de réaction hostile de la journée. D'ailleurs, après avoir mangé, la Mère s'est déjà enroulée dans la grande couette et s'est installée dans le grand fauteuil rond, celui qui ressemble à un nid. La télévision est allumée, l'après-midi peut commencer. La Petite s'est pelotonnée dans un coin du canapé, et elle attend. Elle fait semblant de regarder les séries américaines mais en fait elle guette la Mère. Elle guette ce moment où elle sortira un tant soit peu de sa torpeur, tournera légèrement la tête vers la Petite et prononcera les mots magiques: " tu vas nous chercher des gâteaux?".
Cette simple phrase, cette toute petite phrase suffit à la Petite pour illuminer sa journée. Parce que c'est la promesse d'un thé à la mûre brûlant, et surtout des douceurs sucrées de chez Nanette.
Il faut alors bien se couvrir et sortir. Chez Nanette, c'est la pâtisserie au bout de la rue, une petite boutique à la décoration un peu datée. La Petite a tôt fait le trajet, la voilà déjà devant la porte vitrée. A l'entrée il y a, à droite, les grands bocaux en verre qui contiennent les bonbons colorés et les casiers transparents avec les biscuits faits maison, et sur la gauche les deux vitrines avec d'un côté les chocolats et de l'autre, les petits gâteaux. Si on dépasse la caisse, on va au salon de thé avec ses petites tables rondes toujours bien dressées et les murs entièrement couverts de miroirs. La porte du fond ouvre sur le laboratoire; la Petite l'a vu parfois ouverte, et a aperçu des silhouettes blanches s'agiter. Derrière la caisse, sur le tabouret, c'est Nanette, une cinquantaine coquette qui laisse entrevoir la jeune beauté qu'elle a été. La permanente est impeccable, le maquillage discret, la manucure irréprochable; seul le rouge à lèvre est flamboyant, tout comme son caractère. Nanette, c'est un sourire immense et un regard lumineux d'humanité, même si elle sait être parfois un peu sèche avec son personnel (ses "filles" comme elle les appelle) lorsqu'un fou rire fuse de derrière les vitrines.
Nanette passe ses journées perchée sur le tabouret derrière la caisse, et il est très rare de la voir en descendre. Premièrement parce que il y a les "filles" pour servir les clients et qu'il n'y a que Nanette qui s'occupe de la caisse. Deuxièmement, parce que Nanette a beaucoup de mal à en descendre de ce tabouret, et encore plus à y monter, parce que Nanette est comme les gâteaux qu'elle vend, généreuse à souhait.
La Petite connaît bien Nanette, depuis toujours même; elle est souvent venue avec Mérotte pour prendre un chocolat chaud. Avec Elle aussi. A chaque fois, Nanette discute longtemps avec Elle, parce que leurs enfants sont amis, et puis la Petite a cru comprendre que la fille de Nanette, elle est un peu particulière, comme la Mère, alors forcément, çà les rapproche de parler de leurs filles...
Le dimanche après-midi, le salon de thé est fermé, et Nanette est toute seule. La Petite vient tout de suite l'embrasser. Un baiser de Nanette, c'est un avant-goût de ses pâtisseries: ses belles joues rondes sont d'une douceur incroyable, ses bras vous serre contre sa poitrine moelleuse sans jamais vous étouffer; en plus, elle sent bon Nanette, un mélange délicat de poudre de riz et de violette. Elle laisse toujours une grande trace de rouge à lèvre et cela fait sourire la Petite.
Tout en lui demandant de ses nouvelles, Nanette se glisse péniblement jusqu'à la vitrine des petits gâteaux et se penche pour prendre une boîte en carton: "Alors, tu veux quoi ma chérie?". La Petite annonce la commande pour la Mère, et elle a déjà repéré ce qu'elle va prendre pour elle. Ils sont là, devant elle, alignés comme des petits soldats dorés, ses "diplomates" à la poire. De toute façon, la Petite prend toujours un diplomate à la poire. Parce que le diplomate à la poire de Nanette, c'est six bouchées de bonheur absolu, entre le moelleux de la pâte à chou, la finesse de la crème et la fraîcheur du fruit. Parce que le diplomate à la poire de Nanette réconcilie la Petite avec ce monde qui l'entoure et qui est si injuste parfois. Parce que si le diplomate à la poire de Nanette était mondialement distribué, il y aurait beaucoup moins de guerres, la Petite en est totalement convaincue...
La Petite paie, et avant de partir, Nanette, toujours tout sourire, lui enlève d'un coup de pouce les traces de rouge à lèvre qu'elle lui a laissé sur les joues. En sortant, la Petite entend Nanette se remettre péniblement sur son grand tabouret, et elle a un peu de peine pour elle. Et finalement, la Petite ne sait pas ce qu'elle préfère, Nanette ou ses diplomates à la poire.







lundi

En ce lundi d'été, tourbillonnons ensemble...

Oui, je vous invite à tourbillonner, à virevolter avec Morgana la fantasque!
Écoutez-la : elle aime, est aimée en retour... tout du moins le croit-elle à cet instant précis, mais çà c'est une autre histoire...

Et que lui dit-elle, à ce Ricciardo? "Tornami a viagheggiar"...
...
"Reviens me séduire,
cette âme fidèle, ô bien-aimé, ne veut aimer que toi.
Je t’ai déjà donné mon coeur, mon amour sera fidèle ;
jamais je ne te serai cruelle, chère espérance mienne."



N'est-elle pas extraordinaire?

Je vous souhaite une bonne semaine, à vous tous mes amis qui ne vous êtes pas lassés de mes silences... Oui, bientôt, de nouveaux mots, je promets...

Celui qui joue

Je suis ce petit bonhomme au pantalon trop court, au sourire permanent, comme figé.
Regardez-moi...

J'entends le monde qui m'entoure car depuis ma naissance, je ne vous vois pas.
Et pour que toutes les notes résonnent en moi, j'ai arrêté de lire la musique en braille.
Je parcours le monde à l'écoute de nouvelles expériences: ce sont elles qui enrichissent mon art.

Je ne suis ni un conte de fée, ni une performance, encore moins une bête de foire.

Regardez-moi :
Je pose délicatement mes mains sur le clavier, mes doigts presque à plat,
Et je les laisse courir délicatement, avec une telle facilité...

Maintenant, écoutez.
On m'appelle Nobu.

vendredi

Celui qui chantait

Je viens d'un autre temps, écoutez-moi...

Je n'ai jamais vu leur monde,
Je n'ai même jamais vu une scène d'opéra.
Contrairement à mes illustres prédécesseurs, je n'ai jamais été adulé comme un dieu.
J'ai vécu modestement, enfermé dans ma cellule, ayant pour seul luxe de collectionner les points de dentelle que l'on faisait venir pour moi du monde entier.
On est même allé jusqu'à nier mon existence, parce que ma différence dérangeait ceux qui m'avait fabriqué.
Je suis le dernier de mon espèce, je viens d'un autre temps, écoutez-moi...



mardi

Le grand moment.

Il attend.
Il est là, en coulisse, derrière cette porte qui doit bientôt s'ouvrir, et il attend.
Tout son corps est tendu vers cet instant où il devra faire son entrée sur la grande scène de la vie.
Il répète une dernière fois ses mouvements, essaie de se concentrer sur l'essentiel: surtout ne pas hésiter, ne pas se rater, déraper, trébucher... 
Il n'est pas seul, il le sait. De l'autre côté, il y a les voix amies, et la musique aussi. Chopin, Beethoven, puis Bach. Cela le rassure un peu, il se sait attendu.

Brahms, pièces pour piano Opus 76: c'est le signal. Un pas en avant, y aller franchement, et... bon sang, non, la porte résiste! Son pouls s'accélère, il se sent défaillir, le cœur au bord des lèvres...
Et soudain, la lumière, aveuglante... Il hésite un peu.... Il sent alors deux mains l'entraîner doucement... Il y est, c'est à lui. Tout peut alors commencer.


Le tout petit est arrivé lundi dernier, en fin d'après-midi...




dimanche

J'ai du pain sur la planche (2).... le retour!

Bon, vu que ce ne sera pas non plus pour aujourd'hui...

Les 11 réponses pour Sarah!

1. Changer de sexe? Oui, oui et oui! Mais juste pour un ou deux jours, hein... Juste pour savoir ce que çà fait...
2. Non, pas de tics, pas de manies... Ou alors elles sont tellement ancrées en moi que je ne m'en rends même pas compte!
3. Petit à petit, je fais mon nid et j'essaie d'être fidèle à mes rêves d'enfant!
4. Qui suis-je, en onze mots? Cérébrale, passionnée, entêtée (mais je me soigne!), très fragile sur certains points et trop dure sur d'autres, gourmande, sensible voire même hyper sensible, maternelle, moqueuse, anticonformiste, amoureuse...
5. Mes amis? Cette famille que j'ai choisi.
6. Non, pas d'animaux, depuis peu et pour la première fois depuis longtemps, pas de remplaçant envisagé pour la chatte grise qui partageait mon quotidien depuis douze ans...
7. Le roman de ma vie... Pfffiou! Difficile de n'en citer qu'un! Je dirais "Le chercheur d'or" de Le Clézio, et aussi "Bourlinguer" de Cendrars... et aussi "La Ballade de la mer salée" d'Hugo Pratt... Bon, ce n'est pas un roman, mais un véritable choc esthétique...
8. J'aurai voulu être une grande danseuse, comme Pina Bausch. Ou alors une actrice comme Katharine Hepburn.
9. Ce qui m'énerve vraiment? La bêtise, l'injustice, la mauvaise foi... la liste est malheureusement longue...
10. Pourquoi mes enfants? Deux preuves d'amour, et le désir de transmettre quelque chose.
11. "Je suis comme je suis, je suis faite comme çà" dirait Prévert... J'espère en tout cas toujours rester moi-même, ne pas me trahir...

Mes 11 questions:
1. Avec quel personnage de fiction aimerais-tu partager une aventure?
2. Quelle est ta plus grande gourmandise, celle à laquelle tu es incapable de résister?
3. Penses-tu que l'enfant que tu étais serait fière de la personne que tu es devenue?
4. Pourrais-tu tout quitter par amour, changer complètement de vie pour la personne aimée?
5. Un génie qui apparaît et un vœu à exaucer, lequel?
6. Quelles valeurs te paraissent indispensables pour avancer dans la vie?
7. Qu'est-ce qui te fait rire?
8. Aimerais-tu avoir un super pouvoir? Si oui, lequel?
9. Quel livre peux-tu lire et relire sans jamais t'en lasser?
10. Es-tu satisfait de ce que la vie t'apporte?
11. Quel est le plus grand bonheur que tu as vécu?

Et ces questions, je les destine à Miss Zen, Lautreje, SylvieT,
Si elles le souhaitent!
et à huit autres joueurs qui en ont envie...
Alors en piste!